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Habitat de Roquepertuse (1)

L’habitat de Roquepertuse (*) 

de Philippe Boissinot (**)  

  Dominé par la masse imposante de la colline Sainte-Propice, également site d’un oppidum, Roquepertuse est un petit plateau surmontant d’une dizaine de mètres la vallée de l’Arc, en un lieu qui fut peut-être un carrefour géographique important. Il doit sa notoriété à la découverte fortuite, au XIXe s., de deux statues de guerriers accroupis. Ces deux sculptures auxquelles il faut ajouter d’autres éléments dont le fameux "Hermès", trouvé par H. de Gérin-Ricard vers 1919, furent immédiatement attribués à la peuplade salyenne anéantie par les régions romaines vers la fin de IIe s. av. J.-C.

  Depuis ces premières fouilles, la révision des mobiliers céramiques et métalliques à permis de proposer une datation plus haute (transition IIIe-IIe s. av. J.-C.) pour la destruction finale du site. L’ensemble lapidaire a lui aussi été réévalué par une équipe interdisciplinaire : les statues doivent être désormais disposées sous un portique largement ouvert sur l’extérieur et établi sur l’une des terrasses du cirque rocheux, en contrebas du plateau.

 Depuis la reprise des recherches sur le terrain en 1991, la chronologie du site s’est quelque peu complexifiée, de même que celle de la mise en place et du démontage des différents éléments architecturaux. Et il n’est guère étonnant qu’à cette occasion le problème de l’exposition des statues ait été à nouveau réexaminé, question d’autant plus cruciale qu’elle intervient après la découverte de Glauberg en Allemagne et son corollaire, le reclassement d’une grande partie de la statuaire celtique.

fig. 1 Mobilier domestique du Ve s. av. J.-C. (C. Durand, CNRS)

Des habitations sur poteaux porteurs.

 Après une première occupation à la fin du Néolithique, puis une longue phase d’abandon, plusieurs constructions sur poteaux porteurs sont établies, dans la seconde moitié du Ve s. av. J.-C., sur de petites terrasses aménagées dans la pente. Les deux portions d’habitations fouillées semblent disposées en L et comportent toutes deux de nombreux vestiges cassés sur place témoignent d’activités que l’on pourrait qualifier de domestiques : plaques foyers, gril, vases en torchis, graines carbonisées et alignement d’urnes destinées au petit stockage (fig. 1). Bien que nous n’ayons aucune information sur la partie sommitale, il ne semble pas que le site ait été entouré d’un rempart dès cette période. Contemporain de l’habitat plus septentrional de Coudounèou, Roquepertuse paraît n’être alors qu’une petite bourgade où les évolutions architecturales les plus récentes demeurent inconnues ou sous influences.

 Pour le IVe s. av. J.-C. en particulier, nous ne disposons que de maigres indices (fragments d’adobes) pour reconnaître les vestiges d’un habitat ouvert en terre dont on ignore l’étendue.

La construction du premier rempart.

 Il faut attendre la transition des IVe s. av. J.-C. pour que la topographie villageoise connaisse un profond bouleversement : plusieurs murs massifs sont installés pour soutenir les terres et une enceinte est établie à mi-pente, permettant de refermer le site vers le vallon, secteur le plus exposé aux éventuels assaillants. La surface protégée est de 1 300 m2, avec plus de la moitié (894 m2) sur la table rocheuse sommitale. Ces nouvelles constructions montrent le remploi de plusieurs stèles grossières difficiles à dater ou à la fonction mal définie (cultuelle et/ou funéraire ?) (fig. 2). Le rempart présente alors une largeur de 1,20 m et semble déjà comporter au moins une tout arrondie et une porte (monumentale ?) dans l’axe du cirque. Nous ignorons si la terrasse ainsi créée à grand renfort de remblais dans cette partie médiane du vallon comportait d’éventuels aménagements ou s’il s’agissait d’un espace libre de toute construction, à l’inverse de ce que l’on imagine pour le plateau. Les restructurations postérieures ont malheureusement fait disparaître tout témoignage de cette période sauf dans le secteur du rempart où, très rapidement, l’habitat semble s’être étendu au-delà de l’enceinte, comme en témoigne l’habitat appuyé contre le parement externe. Nous ne savons pas cependant s’il faut évoquer ici l’existence d’un véritable quartier extra-muros.

fig. 2 Petite stèle en calcaire local
(C. Durand, CNRS) 

Le renforcement du rempart et la mise en place ( ? ) du monument à portique.    Dans le courant du IIIe s. av. J.-C., les édifices situés à l’entrée de la terrasse 1 prennent un aspect beaucoup plus monumental : le rempart fait l’objet d’un habillage et atteint désormais 2 m de largeur (fig. 3) ; l’accès à la porte est aménagé par un escalier en grand appareil qui distribue les déplacements selon trois directions orthogonales (fig. 4). À la construction de ce dispositif correspond une restructuration complète du secteur extra-muros. L’habitation qui s’appuyait contre le rempart est détruite pour laisser place à une aire de circulation permettant de contourner au nord le nouvel îlot construit. L’exiguïté des secteurs sondés jusqu’à présent dans ce quartier ne permet pas de s’assurer partout de l’ancienneté de la trame urbaine : des permanences et des modifications dans l’alignement des façades existent entre cette période et la phase ultérieure (fig. 5) ; mais il est pour l’instant difficile d’en restituer la généalogie.

fig. 3 Habillage du rempart (IIIe s. av. J.-C.) 
(Ph. Boissinot) 

fig. 4 Escalier monumental accédant à la porte frontale percée dans le rempart (IIIe s. av. J.-C.) (Ph. Boissinot)

fig. 5 Plan de l’habitat (IIIe s. av. J.-C.)
(Ph. Boissinot) 

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